
Les Glanches iront cracher sur vos tombes
La semaine est terminée
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Tout sur ma mère (Todo sobre mi madre)
de Pedro Almodovar (1999)
 Disons le tout net : Tout sur ma mère est le chef-d'oeuvre d'une carrière qui, aujourd'hui encore, n'a rien perdu de son éclat. Venant juste après un En chair et en os déjà de haute-volée, ce quatorzième film résume en deux heures éblouissantes toute la quintessence de l'Almodov-art. Voilà un cinéaste qui tient du funambule, jonglant avec le mélodrame, le rire et les larmes à la manière des plus grands. Car c'est peut-être finalement dans le portrait polyphonique de femmes en souffrance que le cinéaste excelle le plus : hier Tout sur ma Mère, aujourd'hui Volver... c'est là, au milieu de "ses femmes" abruties de douleur, qui se serrent les coudes, rient, pleurent et se battent, que le réalisateur se sent le plus à l'aise. Là, entouré des actrices les plus talentueuses de son pays, Almodovar donne une leçon : le vrai cinéma européen, ce devrait être ça. Non pas des montages financiers hétéroclites censés se mesurer à Hollywood, mais des films singuliers, à hauteur d'homme - et de femme.
Margo
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Went the day well ? (Went the day well ?)
de Alberto Cavalcanti (1942)
 Surtout connu pour ses comédies noires so british (au premier rang desquelles Noblesse oblige ou Tueurs de dames), le studio Ealing fut avant tout dans les années 40/50 une tentative assez audacieuse menée par le producteur Michael Balcon d'offrir une alternative anglaise aux films venus d'Hollywood, en trouvant un ton et une esthétique propres. Concentré autour d'une équipe réduite de scénaristes, de techniciens et de réalisateurs, cherchant l'efficacité (tant matérielle que narrative, d'ailleurs), le studio offrit ainsi l'espace d'une petite vingtaine d'années (de 35 à 55, en gros) une production conséquente et variée, entre comédies musicales ( Champagne Charlie) et drames sociaux ( Il pleut toujours le dimanche), adaptations de classiques de la littérature ( Nicholas Nickleby) et films de guerre ( Went the day well ? donc). S'il faut trouver un point commun dans la diversité des productions Ealing, c'est peut-être une façon de décrire, avec un regard mi-complice mi-satirique, le fonctionnement des communautés humaines, dans leur grandeur et leur noblesse comme dans leur bassesse et leur mesquinerie.
Went the day well ? débute ainsi dans le quotidien d'un petit village du fin fond de la campagne anglaise, communauté paisible donc qui voit en mai 1942 son quotidien bouleversé par l'arrivée de soldats de l'armée anglaise prétendument venus manoeuvrer, mais qui s'avèrent en fait être des éclaireurs allemands chargés de préparer l'imminente invasion nazie (image 2, réunissant un villageois, le traître du village magnifiquement interprété par Leslie Banks, et Basil Sydney en chef du bataillon allemand). Trouvant ainsi dans un premier temps des prétextes à quiproquos dans un contexte pour le moins atypique, Went the day well ? bascule ensuite brutalement de registre, pour devenir un film d'une grande sécheresse et d'une inattendue violence dans sa description de l'effort de résistance de cette communauté piègée sans y avoir été préparée.
L'approche d'Alberto Cavalcanti, quasi-documentaire, délaisse alors tout artifice pour livrer les faits avec une soudaineté parfois traumatisante, sans complaisance ni dans un sens (l'âpreté de la mise en scène ne cherche jamais à enjoliver la violence) ni dans l'autre (l'effort de survie des villageois n'est jamais magnifié, jamais décrit comme de l'héroïsme). S'il s'agit bien d'un film "de propagande" (tourné en 1942, donc au moment des faits évoqués, et partant d'un prologue - Question - s'adressant directement au spectateur de l'époque pour l'alerter en extrapolant ensuite sur l'épouvantable fantasme de l'invasion nazie), Went the day well ? ne cherche pas à flatter son public, mais au contraire à le terrifier par le réalisme et la dureté de certaines séquences (indice 1, la scène de la poivrière). Il en demeure, soixante-cinq ans après, un témoignage bouleversant, tant sur un contexte historico-socio-politique que sur la santé d'un studio indispensable, mû par son exigence artistique, sa conscience citoyenne mais aussi son incroyable esprit critique.
Sans chercher une solennité hors-propos, sachez que, parmi tous les films que je proposerai lors de cette session, Went the day well ? est probablement mon plus immense coup de coeur, et que si j'ai pu, par ma modeste contribution, vous donner envie de le voir et lui permettre de sortir un peu de cette injuste confidentialité, j'en serais comblé.
ed crane
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State of Grace (Les anges de la nuit)
de Phil Joanou (1990)
 Porté disparu depuis des siècles, on pourrait presque dire de Phil Joanou que c'est l'homme d'un seul film. Même si on trouvera toujours un (chef de) Glanche pour jurer le contraire (oui, bon, d'accord, Three O'Clock High et ses faux airs de Parker Lewis, c'est vrai que c'était assez sympa, mais bon)... Un seul film, donc : State of Grace, aka Les anges de la nuit, film noir, fier sur ses ergots, et dont la maîtrise et la tenue anticipent d'une bonne dizaine d'années le cinéma ample de James Gray. Même si par ci par là, quelques rares afféteries post-eighties viennent gâcher l'ensemble... Mais on passera outre, tant le grand oeuvre de Phil Joanou mérite aujourd'hui d'être redécouvert. Ne serait que pour son casting plaqué or - Sean Penn et Gary Oldman trouvant ici parmi leurs plus grands rôles respectifs - et son scénario d'un classicisme reposant.
Margo
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Last Action Hero (Last Action Hero)
de John McTiernan (1993)
 Changement radical de registre pour ma deuxième proposition de cette semaine, mais j'assume !
Schwarzy a bercé mon enfance (du coup, le landeau avait tendance à frapper les murs, ceci expliquant sans doute cela) et McTiernan a comblé le cinéphile que je suis devenu, par son incontestable talent de "metteur en espace" (sa gestion de la topographie d'une scène reste l'un des éléments qui me fascine le plus chez lui). Pour célebrer l'union de leurs "talents" respectifs, j'aurais pu choisir Predator, mais celui-ci s'est au fil des années un peu institutionnalisé, même auprès des critiques les plus réfractaires au "genre". J'ai donc choisi ce Last Action Hero car c'est au premier degré un putain de bordel de divertissement, taglines bourrines, poursuites dantesques, méchants hauts en couleur (Tom Noonan, image 1) et gunfights de ouf' compris (vous voyez, quand je veux, je peux me faire passer pour L'Etranger), d'autant que - anecdote personnelle, séquence émotion - ça doit être le premier film que j'ai vu en salles sans mes parents (quand je vous dis que je suis un gamin).
Mais Last Action Hero, c'est également un bonheur de film réflexif, qui jongle avec les codes les plus éculés du genre (y compris ceux mis en place par McT lui-même) pour les dynamiter avec une perversité ludique et une subversion finaude rarement égalées (la parodie d'Hamlet proposée en Indice 2 est l'ultra-jouissive illustration de ce que j'évoque). Marrant au premier degré (il m'était impossible de ne pas rendre hommage en Question au personnage évoqué dans cette réplique cultissime de mon adolescence : " Leo Le Prout va lâcher les gaz"...), stimulant au second, Last Action hero arrive même dans sa dernière partie à distiller une forme de mélancolie, dans un hommage sincère et pertinent au 7ème art, encore le meilleur moyen de s'évader d'une réalité parfois cruelle pour retomber au temps béni de l'enfance. Bon trêve de bla-bla (surtout là, avouons le, pour ne pas me discréditer totalement), on met le 5.1 à fond, et on redéchire le ticket magique ; starring Arnold Braunschweiger as Jack SLAAAAAAAAAAATEEEEERRRRRRRR !!!
ed crane
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Juliette des esprits (Giulietta degli spiriti)
de Federico Fellini (1965)
 Ce premier film en couleur du maestro, mis en lumière par Gianni Di Venanzo (La Nuit, L'Eclipse, 8 ½), est autant une œuvre de peintre que de cinéaste. Giuletta, formidable Giuletta Masina, petit bout de femme attachant et lunaire (Indice 2), est une bourgeoise discrète sujette à des rêveries qui corsent son existence confortable mais monotone. Ses amies et voisines amènent aussi un relief étrange à sa vie, témoin l'hilarante séance de spiritisme (Indice 1) qui part dans un délire comique. Quand elle en vient à soupçonner son mari d'infidélité, ses fantasmes d'amour, de fêtes, de rituels de vie et de mort (Question) ne finissent plus de l'envahir, de même qu'ils lui renvoient une image déformée de la réalité. Réalité qui, à son tour, se plie à sa perception de l'existence. Moins célèbre que ses autres films, Juliette des esprits représente pourtant l'essence même du cinéma de Federico Fellini post-Dolce Vita, une œuvre pétrie d'un onirisme poétique, chatoyant, drôle, terrifiant et romantique, qui fait sens dans l'accumulation de références picturales et par son jeu de pistes psychologiques. Fellini célèbre les femmes, et en particulier la sienne, dans ce beau portrait d'une rêveuse insatisfaite et pourtant amoureuse des hommes et de la vie. L'ingéniosité et la fluidité de la mise en scène, la somptuosité des tableaux qui organisent la structure du récit, l'élégance mystérieuse du ton, les délires oniriques, l'énergie vitale, la sexualité débordante, la présence de personnages toujours plus pittoresques, le charme tendre et diffus de cette fantaisie, et enfin Giuletta Masina, encore et toujours, tout cela fait de ce Juliette des Esprits un œuvre indispensable et à (re)découvrir dans la carrière de l'immense Fellini.
Roy Neary
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La Momie (The Mummy)
de Stephen Sommers (1999)
 Ouch, qu'est-ce que je vais pouvoir vous dire pour justifier mon choix, Stephen Sommers étant considéré depuis quelques années (voire depuis le début de sa carrière) comme un tâcheron par beaucoup de monde !? Pourtant, je trouve qu'il avait plutôt bien commencé (*), avec une adaptation sympathique des aventures d'Huckelberry Finn (avec le jeune Elijah Wood) et une nouvelle version du Livre de la jungle, mouvementée et très axée sur l'aventure. Puis, il enchaîne sur Un cri dans l'Océan, honnête série B d'horreur qui remplit son quota de morts, de suspense et d'effets spéciaux spectaculaires. Le film est d'ailleurs un joli succès au box-office, ce qui permet à Stephen Sommers de se retrouver aux commandes d'un remake de La momie avec un budget confortable. Alors que tout le monde s'attend à un nouveau film d'horreur, Sommers réalise un film d'aventures dans le style des Indiana Jones ! Certes, il n'a pas le talent d'un Steven Spielberg (quoique, voir mon (*) de la fin), et pourtant, ça ne m'empêche pas de prendre du plaisir à chaque vision. Après une charge spectaculaire sur une escouade de soldats de la légion étrangère, le rythme est donc donné : le film est donc rempli de séquences plus spectaculaires et mouvementées les unes que les autres, et malgré quelques imperfections, il reste fluide, lisible et terriblement fun. A mon avis, c'est cette clarté qui fait défaut à ses deux derniers films et qui les plombent (Le retour de la momie et Van Helsing), mais Sommers reste sympathique à mes yeux car on sent qu'il aime le cinéma de genre et qu'il veut en donner (trop parfois) pour leur argent aux spectateurs.
(*) : Je fais l'impasse sur son premier film, "Catch me if you can" que je n'ai pas vu, mais je ne peux m'empêcher de penser que Spielberg, jaloux comme un pou de Sommers (vu le succès de La momie), a décidé de lui piquer le titre de ce film (pour réaliser celui avec DiCaprio et Hanks), rien que pour se venger... si, si ! Et pis d'abord, je pense ce que je veux !
L'étranger
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Another Country (Another Country)
de Marek Kanievska (1984)
 En 1983, une journaliste anglaise se rend à Moscou pour interviewer Guy Bennett, ancien espion pour le KGB retiré à présent en U.R.S.S. (Indice 1) ; celui-ci lui raconte les conditions de sa trahison durant un long flash-back. Une public school dans les années 30 : les luttes d’influence sont permanentes parmi les élèves, c’est à qui obtiendra les bons soutiens pour devenir préfet. Une répétition générale de ce qui les attends dehors. L’homosexualité est aussi omniprésente, officiellement interdite mais tolérée tant que la discrétion est respectée. Aussi, lorsque deux élèves sont surpris ensemble, l’un d’eux préfère se suicider plutôt que de subir l’humiliation d’une expulsion (Question). Deux de ces jeunes gens s’intègre mal à ce système : Tommy Judd (Colin Firth) et Guy Bennett (Rupert Everett) (Indice 2). Le premier a absorbé tout Marx et méprise ce système de classes jusque dans ses expressions sportives. Le second a compris que ses penchants amoureux n’étaient en rien une ‘phase’. Ce qui n’est guère compatible avec ses tentations de céder aux sirènes du pouvoir. S’inspirant de l’affaire des Cambridge Four, Another Country fait le portrait d’une société basée sur le mensonge et l’hypocrisie (‘Si nos familles savaient ce qui se passe ici…’ ‘Les pères savent’), mais dont il est quasi impossible de s’affranchir. On a souvent reproché au film son prétendu académisme, sa ‘qualité anglaise’, il faut pourtant être peu attentif pour ne pas noter le très beau travail du réalisateur sur les cadres et la géométrie des décors. Sans même faire mention du courage d’aborder de tels sujets en pleine période thatcherienne.
Belle édition XXème anniversaire en Zone 1, riche en suppléments.
Swan
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Le colosse de Rhodes (Il colosso di Rodi)
de Sergio Leone (1961)
 Par suite d'abus de boissons alcoolisées fortement frelatés, notre cher Harry Hausen ne peut pas mettre les critiques de ses choix artistiques (si, si !). Celà dit, il n'est même pas sûr qu'une fois sorti de sa cure de désintoxication que notre illustre collègue ne mette la moindre critique vu l'état de délabrement avancé de son cerveau... Et les jeunes, là, au fond, que cette triste histoire vous sert de leçon !
Harry Hausen
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L'enfer des armes (Di yi lei xing wei xian)
de Tsui Hark (1980)
 Il aura suffit de trois films pour que le génie de Tsui Hark éclate à la face du monde (enfin du monde, de son quartier vu la diffusion du cinéma hong kongais à l'époque, et puis Hark a plus été reconnu pour Zu, mais bon j'avais envie de commencer mon commentaire comme ça et pis c'est tout). Film maudit, L'enfer des armes aura effrayé par son côté nihiliste la commission de censure. A sa demande Tsui Hark remontera son film et retournera des séquences. Au final il nous livre un nouveau montage tout aussi subversif, qui sera pendant longtemps l'unique que nous connaîtrons de par chez nous. Hark a réussi l'exploit de rendre les deux montages aussi fort l'un que l'autre. Une question un peu tirée par les cheveux je l'avoue, avec un cadavre bien loin du look hong kongais, l'indice 1 recentre le film dans l'un des décors principaux du film, un immense cimetière trés visuel, et enfin un indice 2 qui met trés clairement l'accent sur les ados terroristes, qui seront vite dépassés par les évenements.
Rocka
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City of violence (Jjakpae)
de Seung-wan Ryoo (2006)
 Par suite d'abus de boissons alcoolisées fortement frelatés, notre cher Harry Hausen ne peut pas mettre les critiques de ses choix artistiques (si, si !). Celà dit, il n'est même pas sûr qu'une fois sorti de sa cure de désintoxication que notre illustre collègue ne mette la moindre critique vu l'état de délabrement avancé de son cerveau... Et les jeunes, là, au fond, que cette triste histoire vous sert de leçon !
Harry Hausen
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Tess (Tess)
de Roman Polanski (1979)
 Funeste destin que celui de Tess d'Urberville. L'hommage que rend Roman Polanski à l'œuvre de Thomas Hardy (avec l'aide de Gérard Brach et John Brownjohn) est merveilleusement sombre. 10 ans après la tragédie qui a vu mourir Sharon Tate (à qui le film est dédié, l'histoire voulant qu'elle ait suggéré à Roman lors d'une de leurs dernières entrevues de porter ce livre à l'écran), Polanski, encore empreint de sa disparition, réalise un film pour lequel aucun superlatif ne peut suffire sur l'asservissement de la femme, victime expiatoire de tous les maux. Peut-il exister plus belle preuve d'amour ?
Tout comme Sharon, Tess est pure alors elle sera détruite !
Par les siens d'abord. En possession d'une petite cuillère portant les armoiries de la famille d'Urberville (Indice 1), son père la pousse à se vendre à la supposée noble branche de la famille contre un espoir de fortune et de titre. Par cette noblesse ensuite. Entrée à leur service comme domestique, Tess sera séduite puis engrossée de force par la maître de maison avant d'être rejetée. Par la religion encore. Son bébé mourant peu après sa naissance, Tess veut lui donner une sépulture chrétienne mais le prêtre la lui refuse (cet enfant conçu hors mariage n'est pas baptisé). Tess sera obligée de l'enterrer seule et clandestinement dans l'une des scènes les plus émouvantes du film (Question). Par la société bien sûr. Tess sera toujours rejetée car elle n'a pas l'hypocrisie de ses contemporains. Par l'homme qu'elle aime enfin, Alors qu'il a tout pour racheter l'humanité, Angel, qui porte bien son nom au premier abord, se révèlera l'hypocrite ultime. Lui aussi lui fera du mal.
Il n'y a aucun espoir. Nulle part. Tess ne rêve que d'amour et n'a cesse de se heurter à la laideur du monde.
La grande salle de l'Hollywood rue paradis à Marseille se souviendrait de mes larmes d'adolescents si elle n'avait été détruite. Et aujourd'hui encore, l'adulte carapacé contre ses émotions que je suis devenu a du mal à résister devant la beauté plastique, le souffle épique et l'émotion à fleur de peau de cette fresque désespérée et désespérante.
Je ne vous remercie pas, monsieur Polanski, de nous rappeler avec autant de force que l'homme est condamné au malheur et que ses anges les plus diaphanes (magnifique Nastassja Kinski, indice 2) sont promis aux affres de l'enfer mais pour ça, je vous vouerai un culte éternel.
Pasco Meisner
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Contrat sur un terroriste (The Assignment)
de Christian Duguay (1997)
 Je l'aime bien le petit Christian Duguay, moi ! Bon, dans ce qui suit, je vais oublier (volontairement) de citer le catastrophique The Extremists, sinon, tout ce que je vais écrire n'aura aucun poids - bien que, d'après ce que j'ai lu ici ou là, et pour sa défense, le tournage ayant eu quelques soucis, le montage et contrôle final lui ont totalement échappé sur ce film.
Bon, alors, qu'est-ce que je disais déjà ? Ah, oui, j'aime bien Christian Duguay (*), découvert avec le sympathique Explosion immédiate avec un Pierce Brosnan toujours classe, puis le tout aussi sympathique (même s'il paraît un peu fauché) Planète hurlante. Ces deux films m'ont donc encouragé à louer la VHS (mais siiiii, le truc rectangulaire en plastoc, ancêtre du DVD !) pour découvrir son nouveau film, Contrat sur un terroriste. Et je ne fus pas déçu, le film étant un croisement efficace et réussi entre l'action et l'espionnage, avec un excellent casting. Pour les nombreux joueurs du FRCD (et les autres) qui ne le connaissent pas, je ne saurais que trop le conseiller, surtout si vous avez aimé le dernier James Bond (Casino Royale) car pour l'anecdote, si le film n'est pas connu, ce n'est pas parce que c'est un navet, non, mais parce que son exploitation a été tout simplement interdite sur le territoire français. Le film tournant autour du (tristement) célèbre terroriste Carlos et celui-ci étant détenu en prison en France au moment où le film devait être exploité sur le territoire, il en a profité pour demander des droits d'auteur à la Gaumont. Le studio, voulant éviter de perdre des sous (peut-être) et ayant eu peur de la mauvaise publicité (sûrement), a tout simplement décidé de ne plus exploiter le film sur le sol français. Pour info, le zone 2 belge se trouve un peu partout sur le net à un prix très abordable... et bé, si avec tout ça le père Duguay y me file pas une prime !
(*) Et si je vous disais qu'un de ses films datant de 1994 s'appelle Million Dollar Babies, je peux vous refaire l'amalgame Spielberg/Sommers de Catch me if you can (voir ma critique plus haut) avec Christian Duguay et le grand Clint Eastwood ou pas ?
Non... je m'en doutais un petit peu !
L'étranger
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Hanzo The Razor - L'enfer des supplices (Goyôkiba: Kamisori Hanzô jigoku zeme)
de Yasuzo Masumura (1973)
 Insubordonné, grande gueule, adepte de méthodes expéditives pour servir un sens personnel de la justice, sadique, macho et anar qui n'a de cesse de combattre la corruption des élites et de défendre les opprimés, v'là du héros comme on en fait plus ! Les américains ont eu Shaft et Dirty Harry, les japonais Hanzo Itami, dit The Razor. Avec Zatoichi et Baby Cart (qu'il se contente de produire), l'immense Shintarô Katsu qui veut surfer sur cette vague, adapte en collaboration avec Kenji Misumi un manga de Kazuo Koike et produit une troisième série à succès dans laquelle il campe un justicier dont l'arme ultime n'est autre que son JohnHolmesque pénis auquel aucune femme ne résiste ! Faut dire qu'il l'entraîne à la dure ! Et il torture sévère, sa technique consistant en une variante du supplice du pal, figure obligée et emblématique de la série. Au cours de ces séances, il amène ses victimes au bord de l'extase pour stopper à l'instant crucial, certain qu'elles vont tout avouer pour qu'il termine de les torturer ! Et ça marche ! Ici, c'est la mère supérieure d'un temple bouddhiste qui en fait les frais. (Indice 2)
Plus de violence, plus de sang, plus de sexe, dans ce second épisode confié à Yasuzo Masumura, qui, s'il ne signe pas là un film majeur de sa carrière, accomplit plus qu'honorablement son travail de commande (le scénario est soigné mais la réalisation, elle, un peu mollassone). Hanzo dézingue à qui mieux mieux les conventions sociales et politiques autant que cinématographiques du chambara genre dans lequel il s'inscrit malgré tout (Indice 1)... Enfin du goyokiki-eiga (sous genre mettant en scène des enquêtes policières) pour être précis (comment j'me la pète, là !). Il fustige les autorités, pisse sur la hiérarchie, demande la propre tête de l'Intendant plutôt qu'argent ou honneur lorsque celui-ci lui accorde ce qu'il veut en récompense de son travail, il parodie le Hara-Kiri, pourtant responsable de la mort de son père sur la tombe duquel il se recueille (Question), seule once de respect qu'il montre au cours du film.
Là où Hanzo passe, le bon goût trépasse !
Amateurs de films d'exploitation, je ne saurais trop vous conseiller un détour au pays du Soleil Levant dans l'univers violent et outrancier de ces Goyôkiba !
Pasco Meisner
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Vibroboy (Vibroboy)
de Jan Kounen (1994)
 Avant les déceptions Doberman et Blueberry, Jan Kounen était un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération, notamment grace à ce court métrage. Pour ceux qui comme moi l'ont vu à l'époque, ce fût une gigantesque baffe dans la gueule, du jamais vu en France. L'attente du premier long métrage fût à la hauteur de la désillusion. Mais ne boudons pas notre plaisir, même si le film a un peu vieilli, cette histoire de godemiché maléfique (Indice 2) reste totalement jouissive !!. S'autorisant tous les délires, un lapin crucifié dans un frigo par exemple (Question), Kounen utilise des remarquables comédiens n'hésitant pas à se prêter au jeu tels que Dominique Bettenfeld (Indice 1) ou Michel Vuillermoz en travelo maltraité (Indice 2). Essai jamais vraiment transformé, Vibroboy reste 15 ans aprés un ovni dans la production cinématographique française.
Rocka
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Les Aventuriers (Les Aventuriers)
de Robert Enrico (1967)
 Je pourrais passer des heures à raconter mon amour pour ce film précieux, d'ailleurs je sens l'émotion m'étreindre alors que je commence à rédiger ces lignes. Les Aventuriers est confortablement installé sur le podium de mes films français préférés, il était donc logique qu'il prenne sa place dans ce jeu. Ce travail d'orfèvre, à la fois drôle, excitant et bouleversant, semble sortir d'une formule magique unique, d'un moule dont on a à jamais effacé la matrice. Robert Enrico adapte librement un livre de José Giovanni et réalise une ode à l'amitié, au rêve et à l'esprit d'aventure. Les deux meilleurs amis du monde, l'un passionné de voitures et l'autre d'avion, partent dans une chasse au trésor. Avec eux une femme, la fraîche et sublime Joanna Shimkus qui, plutôt que de diviser le duo, vient au contraire le compléter pour former un trio inséparable ; ce qui nous donne des séquences merveilleuses qui respirent la joie, l'amour et le bonheur de vivre (Indice 2). Mais le drame s'invite inévitablement et le film, comme les personnages, de franchir un point de non retour tragique dès la découverte du trésor dans une carcasse d'avion gisante au fond des mers (Question). Bercé par les mélodies tour à tour entraînantes et surtout mélancoliques (Indice 1) de François de Roubaix, Les Aventuriers est un hymne à la liberté malgré les drames de l'existence, et dégage un vrai amour du cinéma de la part d'un Robert Enrico au faîte de son talent (sa mise en scène parvient à sublimer toutes les différentes tonalités qu'adopte le récit). En têtes d'affiche, deux monstres sacrés de notre cinéma (Lino Ventura et Alain Delon), apportent leur charisme incroyable, leur virilité jamais caricaturale qui justement peine à cacher une sensibilité à fleur de peau, et tout simplement leur talent, à ce film chaleureux et singulier (bien que faisant partie d'une famille du cinéma français, adulée aujourd'hui après avoir été conchiée hier…), à ce concentré d'humanité à lui tout seul, à cet appel vers le grand large que seul le grand écran peut nous offrir.
Roy Neary
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